Je me suis alors approché, lentement. Il était là, étendu sur le dos, les bras levés au-dessus de sa tête, les mains serrant des morceaux de draps. Il respirait anormalement. Il semblait dans un second état : ses yeux étaient mi-clos, de la sueur apparaissait au niveau de son front et de ses lèvres et il s'agitait seul, perdu sur un grand lit.
Pourtant, je n'avais encore rien fait. Mes bras étaient encrés le long de mon buste et mes mains tremblaient contre le bas de mon T-shirt. Je ne l'avais pas encore touché. Je ne faisais que le regarder, simplement, emplie de désir.
Au moment où il a émit un couinement plaintif, je suis alors sorti de ma torpeur. Je me suis rappelé subitement que j'étais avec Bill, seul, dans ma chambre, lui, sur mon lit, gémissant comme un damné et moi, l'observant tel une lionne cherchant sa proie.
Je fis alors un pas, puis deux, puis trois vers sa direction. Il me regardait, les yeux brumeux et voilés de noir. Je ne savais pas ce qu'il pensait. Je savais seulement qu'il avait envie de moi.
Lorsque je suis enfin arrivé à destination du lit, mes genoux ont fléchi contre le matelas et mes mains se sont posées de part et d'autres de sa tête. Il s'est soudainement agrippé à ma nuque et m'a attiré vers le bas. Il me parlait. Je ne comprenais pas. Mes pensées étaient seulement focalisées sur sa bouche. Sa bouche qui murmurait des choses, qui me soufflait toute son envie. Je l'ai alors embrassé. Un baiser simple et qui reste en surface. Mais un baiser tout de même. Le genre de baiser à vous filer des multitudes de sensations. Le frisson vous envahit et vous êtes alors perdu, à jamais.
Ses ongles se sont enfoncés dans ma peau, me provoquant un gémissement. Mes mains descendaient lentement, le long de son buste. Elles sont passées en dessous du T-shirt, j'ai effleuré sa peau. Elle était douce et chaude. Il a commencé à déboucler ma ceinture. Le bruit tintant de la boucle me fit sursauter. Je n'avais rien senti. Il m'a sourit et a repris notre baiser. Seulement, cette fois-ci, il avait décidé d'y aller un peu plus fort. Sa langue vint lécher mes lèvres. Encore un autre sursaut de ma part. Ça non plus je ne l'avais pas prévu. Il se fit plus entreprenant encore lorsqu'il passa son muscle à l'intérieur de ma bouche. Je l'ouvris instantanément, lui donnant la permission d'y accéder.
On a continué comme ça pendant un temps indéfini. On avait enlevé nos T-shirt et nos pantalons. La transpiration luisait sur nos corps en ébullition.
Ses mains ont alors agrippé mes fesses sous mon caleçon. Ma respiration ne s'est fait que plus haletante. Pris d'une pulsion soudaine, je lui ai retiré son boxer blanc. Il était la, nu sous moi, haletant à perdre le souffle. Je me rappellerais toujours de cette vision.
« Tom » a-t-il gémit. Je n'en pouvais plus. Je l'ai embrassé comme un fou. Ce n'était plus le baiser papillon qu'on s'était donné au début. Non, c'était à présent le baiser sauvage, laissant passer tout le désir que j'avais pour lui et son corps.
Lorsque je vis son membre chaud et tendu, des coups se sont fait entendre. Ils ne provenaient pas de la porte de ma chambre. Ils étaient plus lointains. Mais à cet instant, n'importe qui aurait pu rentrer dans la pièce, je n'aurais rien fait pour l'en empêcher. J'étais bien trop désiré de lui.
Pourtant, ces coups se sont encore produits et de plus en plus forts. Ils ne venaient toujours pas de la porte. Néanmoins, ils étaient maintenant tellement présents que j'ai arrêté toute activité. Bill a alors gémit de protestation :
« - Quoi ?
- T'as rien entendu ?
- Mais de quoi tu parles ?
- Mais des bruits ! T'entends pas ?
- Non. Ecoutes, arrêtes de penser des choses, y a que toi et moi ici. Et il n'y a pas non plus de bruits ou je sais pas quoi.
- Mais je te jure, j'ai entendu des coups comme si on frappait à la porte.
- Quoi ?
- T'es sur que t'as rien entendu ?
- Tom ?
- Quoi ?
- Embrasses moi au lieu de dire des conneries.
- Hein ?
- Tom !!!
- Quoi ?
- Quoi quoi ? J'ai rien dit !
- Mais si tu viens de...
- De quoi ?
- ...
- Tom !!!!!
- Là tu vois, tu viens de le refaire.
- Refaire quoi ?
- Je comprends plus rien.
Je me suis levé, l'envie étant redescendu. Je l'ai regardé. Lui me fixant, une lueur d'incompréhension dans le regard.
Les coups se faisaient plus fréquents à présent : il n'y avait qu'une toute petite intervalle entre eux. J'entendais Bill crier mon prénom mais ses lèvres n'articulaient aucun mot. Etrange vous avez dit ?
Ma tête bourdonnait inlassablement. J'étais perdu. Comment j'en étais arrivé là ?
Les questions continuaient à fuser. J'en venais même à parler tout seul. Et puis tout ce bruit était insupportable. Entre les coups, extrêmement forts maintenant, et les cris de Bill, un mal de crâne s'était installé.
Pendant un instant se fut le trou noir. Je ne savais pas ce qui se passer. Je ne sais pas combien de temps je suis resté dans cet état.
Lorsque j'ai réussi à ouvrir mes paupières enfin, je ne reconnaissais plus la chambre dans lequel j'étais. C'était la même sans l'être. Les objets avaient changés de place, le lit n'était plus contre le mur du fond mais collé dans un angle de la pièce, le T-shirt que Bill m'avait enlevé auparavant n'était posé sur le sol, en boule, mais était sagement installé sur ma chaise de bureau, plié et repassé avec le reste de mes affaires. D'ailleurs, tous les meubles avaient changé : le bureau n'était plus en bois d'acajou mais de métal, ainsi que la chaise. L'ordinateur qui trônait dessus était plus que technologique : plus aucun fils. Même le lit semblait différent. Le matelas était plus que confortable.
Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de réfléchir plus longuement à la situation. Les coups étaient toujours là ainsi que les cris. Mais désormais, ils étaient plus que réels. Cette fois-ci, tout se passait derrière la porte. Je me suis levé prestement du lit. Bill n'était plus là. Où était-il ?
A peine ai-je eu le temps de me poser cette question que les cris ont repris avec plus d'ampleur. La voix de Bill s'élevait de derrière la porte. Il semblait tambouriner contre celle-ci.
La tête encore dans le coltard, je tituba jusqu'à la porte...qui n'était plus vraiment une porte. Ce n'était plus cette grande planche de bois clair mais quelque chose de gris et blanc. Elle coulissait comme les portes d'un ascenseur.
Je ne comprenais plus rien.
Je sursautai quand Bill cria encore plus fort que tout. Je me suis précipité alors vers cette...chose. Seulement, il n'y avait plus de poignet. Je regarda autour de moi et j'aperçus alors un bouton orange. Il situait juste sur mon côté droit. J'appuyai dessus, peu sûr de mon geste. La porte s'ouvrit alors brusquement. Pas le temps de réfléchir, une touffe noir se jeta sur moi et me serra à m'étouffer :
« - TOM ! PUTAIN PLUS JAMAIS TU ME FAIS ÇA ! MAIS T'ES FOU ! EST-CE QUE TU IMAGINES LA PEUR QUE TU M'AS FAIT ??? DIEU SOIT LOUE, IL NE T'EST RIEN ARRIVE !!
- Bill ? C'est toi ?
- Bah oui c'est moi, idiot. Tu veux que ce soit qui ?
- Je...je...mais tu étais...et tu me...et après tout a changé et...tu as...quoi ?
- Tom, décidément, on a beau être jumeau toi et moi, je ne te comprendrais jamais.
- Quoi ? Jumeau ?
- Tom ? Ça va ? Tu es tout pâle. Tu as fait un mauvais rêve c'est ça ?
- Oui, ça va c'est juste que...un mauvais rêve t'as dit ?
- Ouais, un mauvais rêve. Un cauchemar quoi.
- Oui, c'est sûrement ça !
- Mais enfin Tom, qu'est-ce qu'il t'arrive ? T'es vraiment bizarre.
- Non, ne t'inquiètes surtout pas. Je vais bien. C'est juste que j'étais tellement pris par mon rêve que j'avais l'impression d'avoir été téléporté dans une autre époque.
- T'es sur hein ?
- Oui oui, je t'assure.
- Okay. Bon, au départ, j'étais venu te dire qu'on partait dans trois semaines. Les interviews commencent à partir du 30 Août. Putain, quand je repense à la frayeur que tu m'as mise. Promets moi que tu ne feras plus jamais ça.
- Jamais quoi ?
- Jamais répondre alors que ça faisait au moins 20 minutes que je gueulais ton nom.
- Excuse-moi. je dormais. Je n'ai rien entendu.
- Okay. La prochaine fois, évites juste de changer de code sans me prévenir. Je ne pouvais pas rentrer.
- Entendu. Je m'habille. Attends moi en bas.
Sur ces mots, Bill descendit en bas.
Moi j'étais toujours sous le choc, bien que tout soit revenu à ma mémoire.
En effet, nous ne sommes plus en 2006 mais en 2015. Bill et moi avons alors 26 ans. Vous devez sûrement nous connaître. Nous avons fait parti d'un groupe de rock allemand lorsque nous étions jeunes : les Tokio Hotel. Il était composé aussi du bassiste Georg Listing ainsi que du batteur Gustav Schäfer. Bill et moi, nous sommes jumeaux et respectivement chanteur et guitariste. Après une carrière fulgurante dans le business de la musique, nous nous sommes séparés en raison d'un malentendu avec la maison de disque : celle-ci voulez par la suite ne produire que nos deux images à moi et mon frère. En gros, ne faire qu'un, lui et moi, en laissant tomber les G's. Nous avons refusé et la production nous a laissé tomber. Nous sommes restés néanmoins en contact avec les deux autres. Le groupe était terminé mais cela n'empêchait pas le fait que Georg et Gustav sont nos meilleurs amis.
Après cette dure étape, nous avons décidés de continuer avec une autre maison de disque. Sur ce point là, ce sont Gustav et Georg qui ont refusé. Ils ne voulaient plus revivre tout le stress que les tournées nous ont procuré, ni la tension que la maison nous mettait. Ils préféraient chacun refaire leur vie, trouver un travail et pouvoir enfin profiter de leur jeunesse comme il se doit.
Mon frère et moi, on avait décidé de continuer ensemble. La musique est et restera toujours une grande passion. On était tombés dedans, on ne pouvait plus en ressortir.
Désormais, nous formons un groupe de deux, avec toujours les mêmes fonctions.
Nous avons repris le chemin de la musique 3 ans après la rupture. Nous sommes maintenant toujours autant apprécié du public, un peu plus âgé et avec en plus quelques garçons. Faut quand même avouer que le public de Tokio Hotel se composait essentiellement de filles, jeunes, voir très jeunes.
Nous avions enfin repris une bonne vie et tout se passait pour le mieux. Jusqu'à ce jour. Le jour où j'ai fait ce rêve.
Ce rêve qui allait tout changer. C'est ce rêve qui a tout provoqué. C'est ce rêve qui m'a ouvert encore une autre ouverture. Celui d'un amour plus que fraternel. L'amour avec un grand A. celui dont j'ignorais l'existence et dont je ne croyais pas. Un amour interdit néanmoins.
Un amour étourdissant envers mon propre frère jumeau.